(BFM Bourse) - L'entreprise a livré une marge opérationnelle et des revenus qui ont dépassé les attentes, tout en confirmant ses objectifs. Mais le doute plane sur sa capacité à accélérer au second semestre.
Que doit donc faire Renault pour convaincre les investisseurs ? Le groupe automobile est régulièrement désigné par les investisseurs comme le perdant le plus évident de l'intensification de la concurrence chinoise en Europe.
Puisque leur marché domestique est saturé, ces groupes ont mis de grands moyens à l'export pour assurer leur croissance. Non sans succès. Comme le remarque Bernstein, les marques chinoises ont atteint une part de 10,7% du marché des voitures particulières en Europe occidentale au deuxième trimestre 2026.
Avec 70% de ses ventes réalisées sur le Vieux Continent, Renault a donc tout de la victime idéale pour le marché.
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Des résultats supérieurs aux attentes
Ce statut peu enviable se heurte toutefois à la réalité des chiffres publiés par la société, qui parvient à résister, grâce à ses lancements récents (nouvelles Twingo et Clio, Bigster chez Dacia), la montée en puissance de ses ventes aux partenaires, ainsi que ses efforts sur les coûts.
Les résultats du premier semestre livrés après la clôture du marché, mercredi soir, l'illustrent bien.
La société a dégagé des revenus de 30,3 milliards d'euros, en hausse de 10,3% hors effets de changes, et nettement supérieurs aux 29,4 milliards d'euros du consensus (la prévision moyenne des analystes) fourni par la société.
Le résultat opérationnel a également dépassé les attentes, à 1,57 milliard d'euros, contre 1,47 milliard d'euros prévu par les bureaux d'études, pour une marge correspondante de 5,2%, alors que le consensus restait sur 5%.
Le flux de trésorerie de l'automobile s'est inscrit à 653 millions d'euros, contre des attentes logées à 220 millions d'euros. Même en retranchant les quelque 300 millions d'euros d'acomptes payés par les partenaires, le cash a dépassé les attentes.
Fort de ses résultats, Renault a confirmé ses objectifs pour 2026, à savoir une marge opérationnelle d'environ 5,5% et un flux de trésorerie de l'automobile d'environ 1 milliard d'euros.
"Renault affiche des résultats supérieurs aux attentes des investisseurs, malgré son exposition évidente à la concurrence chinoise et aux risques liés aux prix", apprécie Citi.
Un sceptiscisme sur le second semestre
"Renault a affiché des résultats très solides au premier semestre 2026, confirmant ainsi que le groupe dispose d’une marge de manœuvre bien plus importante pour son avenir que ce que beaucoup lui reconnaissaient et que ne le laissent supposer ses faibles multiples de valorisation", abonde Bernstein.
Oddo BHF, juge pour sa part, que la première partie d'année du groupe démontre "la capacité du groupe à défendre ses marges et sa génération de cash malgré un environnement de marché toujours peu porteur".
"Elle renforce ainsi notre conviction que Renault est désormais capable de préserver sa rentabilité et, surtout, son cash-flow sans dépendre excessivement de la croissance des volumes, un profil que nous estimons encore insuffisamment reflété dans la valorisation actuelle", ajoute le courtier.
Toutefois, aussi solide, soit-elle, la copie du groupe au losange a reçu un accueil relativement tiède de la Bourse. L'action a terminé sur une hausse modérée de seulement 0,22%, ce jeudi 30 juillet, et a même perdu plus de 4% en début de séance.
Michael Foundoukidis, d'Oddo BHF, rappelle que le titre "avait progressé en amont de la publication" et avait donc pu rendre du terrain au cours de la séance, alors que "les réactions boursières lors des publications sont de plus en plus volatiles".
"Deuxièmement, il y a toujours du scepticisme sur leur capacité à accélérer au second semestre pour tenir leurs objectifs annuels. Le marché s'avère sceptique sur le secteur, et sur Renault particulièrement", ajoute l'analyste.
"Toutefois il y a un peu de mauvaise foi de la part du marché, car avec les résultats du premier semestre meilleurs qu’attendu, la marche à accomplir au second est moins importante. Très sincèrement, Renault ne pouvait pas faire beaucoup mieux que ce qu'ils ont accompli au premier semestre, surtout quand on voit les résultats de leurs concurrents comme Volkswagen ou Stellantis", fait-il valoir.
Barclays, pour sa part, estime que les investisseurs peuvent questionner la vigueur réelle des résultats. L'établissement met en avant le fait que certains indicateurs de résultat ont bénéficié de restockage (sur les volumes), d'acomptes (pour le cash-flow, donc) et d'une plus importante capitalisation de la R&D.
Les normes comptables internationales permettent, sous certaines conditions, de capitaliser une fraction des dépenses de R&D, en les inscrivant ainsi au bilan et non pas en charge directe (même si plus tard elles seront amorties). Ce qui peut permettre, pour simplifier grossièrement, d'augmenter le résultat opérationnel.
Tous ces éléments "soulèvent des questions quant à la qualité et à la pérennité des résultats du premier semestre pour le second semestre", juge Barclays.
La banque estime que la confirmation des objectifs 2026 de la société signifie que la société s'appuiera sur les baisses des coûts au second semestre, afin de compenser les pressions commerciales et sur les prix, avec potentiellement moins de "coup de pouce" de la comptabilité.
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